À mes très chers lecteurs,
Bienvenue dans les coulisses de ma vie, où rien n’est jamais ennuyeux et où le quotidien se transforme souvent en comédie.
Aujourd’hui, on va parler de mon intégration à la médecine. Vous savez, en secondaire 4, on avait des stages « élève d’un jour » ou des stages d’observation, dans un métier qu’on aimerait faire plus tard. Moi, j’avais toujours rêvé de conduire mon camion jaune. Oui oui, je voulais MON ambulance à moi, ahah !
Alors j’avais choisi de faire mon stage avec Dessercom. Bref, j’avais deux instructeurs très drôles. Sauf que c’était un stage un peu atypique, vu que d’habitude, le stage était demandé par la prof, les fins de semaines ou durant le jour, et on avait le droit de manquer les cours cette journée-là. Moi, le mien était de nuit, du vendredi au samedi.
Le quart de travail commençait bien, le paramédic m’expliquait ce qu’on trouvait dans le camion; pansements, moniteur, solutés, aiguilles, couverture chauffante… C’était bien le fun, on a essayé les lumières et le klaxon ! Mais le temps peut être long… on n’avait pas beaucoup d’appels en début de nuit.
Et là…
3 h 20 AM.
La radio sonne : « Équipe 2, à l’écoute ? »C’était nous, yes ! Ils disaient plein de codes, je n’y comprenais rien. Les deux paramédics me disent : « Up, viens, c’est très urgent, c’est une prio 0. » Une priorité 0, c’est extrêmement urgent : la personne est entre la vie et la mort. On arrive à la maison des gens qui avaient appelé le 911. Une femme crie : « Robert ! Robert ! » Il y avait un homme d’environ 70 ans, allongé au sol, inconscient. On pouvait voir qu’il avait chuté dans les escaliers.
Sa femme nous explique qu’il voulait descendre prendre un verre d’eau parce qu’il ne se sentait pas bien, comme s’il avait des reflux gastriques. Elle l’a entendu tomber dans l’escalier. Il était conscient quand elle a appelé le 911, mais il a perdu connaissance pendant qu’on arrivait.
Les ambulanciers le regardent et se rendent compte qu’il a fait une chute violente, alors ils l’immobilisent avec un matelas immobilisateur. Moi, j’essayais d’aider, mais je figeais un peu… on va se le dire : j’ai 16 ans, je suis en stage d’observation, je ne connais strictement rien du métier. Je n’ai jamais appelé une ambulance de ma vie, je ne sais pas trop ce qu’ils font, donc par moments je fige.
C’est là qu’on arrive dans l’ambulance et que le paramédic à l’arrière dit : « Dépêche-toi, on part ! Il est toujours inconscient, mais j’ai l’impression qu’il va coder. »
Coder ? Ça veut dire quoi ? Je ne comprends rien !
Je demande au paramédic : « Je comprends pas tout, peux-tu m’expliquer ? »
Il me lance un calepin et un crayon : « Écris tes questions, on se parle après ! »
Je ressens dans son ton son stress, sa peur. Je me cale dans le banc capitaine du camion et je fige là.
Le paramédic crie : « Il code ! Arrête l’ambulance, viens m’aider ! »
Il me dit : « met-toi là, bouge pas, puis si t’as trop peur, retourne-toi. »
Il se met à faire le RCR, son collègue arrive et ça met le bordel dans l’arrière du camion. On va se le dire : il y a une couple d’emballages qui revolent. C’est silence radio, sauf le moniteur qui dit : « Vérifier patient. »
Ça a duré environ 15 minutes.
Ils mettent un gros tube dans sa bouche, ils se parlent d’une voix saccadée : l’un fait le RCR, l’autre attend et crie : « Je suis prêt, insère le tube ! » Ils arrêtent, insufflent de l’air dans le tube au fond de sa gorge… Moi je suis là, dans le coin, figée, les yeux grands, apeurée, dans une incompréhension totale.
« Mais qu’est-ce qui se passe icitte ? »
Mon cœur débat, je ressens leur stress et leur agitation.
J’avais peur!
Ils recommencent une série de massages et refont une analyse.
« Choc conseillé ! »
Oh non… pas un deuxième ?
« CLEAR ! »
Je mets mes mains devant mes yeux, mais avec les doigts ouverts un peu. L’homme se redresse encore une fois, puis se détend. On entend qu’il grogne. Les gars se tapent dans la main et le deuxième paramédic retourne au volant.
Ils recommencent les manœuvres. Le paramédic dit : « Je lance l’analyse ! »
L’analyse ? De quoi ? La machine dit encore : « Choc conseillé. »
Encore un ?
« CLEAR ! »
Le patient se redresse.
À ce moment-là : silence.
Tu entends juste moi faire : « Heuuu… » et mon cœur débattre sans bon sens.
J’ai resté debout, figée, les mains sur les barres faites pour ça. Le paramédic était à la tête et ventilait le patient avec un gros ballon rouge. Il chantait une drôle de petite phrase : « 1 milli, 1… » À rien y comprendre. Et l’autre, au volant, appelait l’hôpital et expliquait, dans un jargon médical, ce qui se passait.
5 minutes plus tard
On arrive à l’hôpital. Je suis encore dans mon coin du cubicule. Les ambulanciers descendent la civière et courent vers le lit attribué. Les gens disent :
« Salle de choc ! Salle de choc ! »
Salle de choc ?
Il va encore recevoir un choc ?
Ah non, je ne regarderai pas s’ils en refont un…
Le paramédic vomit dn parole, toute la situation à l’infirmière et au médecin.
Moi, je regarde partout, j’ai l’air perdue. Les gens m’ignorent, passent à côté de moi, j’ai l’air d’être dans le chemin. Je ne sais pas où me mettre. Un des paramédics me prend par le bras :
« Viens, on va par là. »
Il me demande ce que j’avais écrit dans le calepin. Je ne réponds pas. Il le prend.
Il y a juste écrit : Pourquoi
Il me dit : « On va faire notre AS-810, on lave la civière, et on jase tous ensemble après. »
Comme vous pouvez le constater : je venais d’assister à un arrêt cardiaque. Les paramédics m’expliquaient que c’était sûrement dû à sa douleur à la poitrine et à sa chute dans les escaliers. Ils m’ont expliqué leur protocole, l’intubation, m’ont montré ce qu’est un combitube, pourquoi on donne un choc…
Et je peux tu vous dire qu’en secondaire 3, quand on apprend le RCR, la seule chose qu’on apprend c’est : vérifier l’environnement, vérifier le pouls, faire les compressions, envoyer quelqu’un chercher un DEA… mais jamais on se sert d’un DEA ! Personne nous parle du choc. Personne nous parle d’un combitube.
Bref : vous avez compris que j’ai été traumatisée directement en partant dans mon initiation à la médecine, ahah ! J’avais peur, j’étais curieuse, j’étais excitée d’en apprendre plus… mais la réalité n’était pas celle qu’on voyait à la télé ou dans Dr House.
Aujourd’hui, les moments où je suis la plus productive, la plus efficace, la meilleure des meilleures… c’est dans les codes bleus !
C’est avec l’expérience de ce que j’avais vécu avec ces deux paramédics sereins, qui savaient quoi faire, qui n’avaient même pas besoin de se parler et se comprenaient d’un regard. C’était stressant, mais on sentait qu’ils avaient le contrôle. Et c’est ça l’important dans un code bleu : contrôler ses émotions et rester en maîtrise de ce qu’on peut faire.
Et surtout… l’adrénaline, c’est une drogue dure dont on veut toujours un peu plus.
Sur ce…
Avez-vous des expériences aussi traumatisantes ?
On veut les lire !
Ève ❤️
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